Hélène Bruntz
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David n’en pouvait plus d’attendre, quand il vit venir à sa rencontre une grande jeune femme blonde et souriante, qui ne portait pas de blouse. Elle l’invita aimablement à la suivre dans un petit bureau plus accueillant que les salles d’examens. Là, tandis qu’il s’asseyait sur un siège de moleskine, près d’une table basse où étaient posés un bloc de papier et un paquet de kleenex, le garçon remarqua sur une étagère un discret bouquet de fleurs en tissu, de cou- leur orangée. Aimable touche personnelle, dans le monde froid de l’hôpital. Puis David leva les yeux sur le regard bleu qui l’observait. Il lui sembla y lire de la bienveillance. Mais ce nouveau médecin gardait une certaine distance, comme si elle voulait laisser David s’habituer, et prendre, peut-être, la parole le premier. Comme il ne le fit pas, elle l’aborda avec simplicité :

— David, je connais ton nom, car je parle avec Clémence, régulièrement. Je suis sa psychologue clinicienne. Cela veut dire que je ne lui donne pas de médicaments, mais que nous avons des entretiens. Je ne te dirai donc rien de ce qu’elle peut me confier, car je suis tenue au secret professionnel. Mais dis-moi, préfères-tu que je te vouvoie ?

— Oui, dit David, qui ressentait la nécessité d’être traité en adulte.

La jeune femme respecta aussitôt son choix, et commença à lui parler de sa mère, tout en choisissant ses mots pour qu’ils ne soient ni trop médicalement techniques, ni trop banals.

— Clémence est atteinte d’une maladie rare à forme psychiatrique. Je ne vais pas pour l’instant entrer dans les détails d’un diagnostic approximatif. On parle parfois de bipolarité. Je vous rassure tout de suite, ce n’est en général pas héréditaire.

Elle fit une pause, pour que le garçon ait bien le temps d’enregistrer ce détail capital. Puis elle poursuivit :

— Disons que votre mère aura toujours besoin d’un traitement, et qu’elle passera par des phases de dépression, où la culpabilité et l’angoisse sont ingérables sans traitement. Parfois aussi, elle devra être hospitalisée pour qu’on la soigne plus efficacement. Les effets secondaires doivent alors être contrôlés. Est-ce que c’est clair pour vous ?

— Mais connaît-on l’origine de cette maladie ? de- manda David, avec une inquiétude persistante.

— Elle s’est déclenchée à l’adolescence, comme c’est souvent le cas dans ce genre de pathologies. Cette période de la vie n’est jamais facile, mais pour Clémence, elle a été marquée par des traumatismes qui l’ont fait basculer dans ce qu’on pourrait appeler une grave dépression…. Elle s’interrompit pour interroger David.

— Vous a-t-elle parlé de son adolescence ?

— Je sais que sa mère est décédée dans cette période.

La jeune femme sembla hésiter.

— Pour l’instant, occupons-nous du présent. Si l’on met la maladie entre parenthèses, Clémence est une femme remarquable, vous savez.

Surpris, David se sentit réconforté, tout à coup.

— Comment cela ? demanda-t-il.

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