Hélène Bruntz

Une vingtaine d’années auparavant, Antoine avait éprouvé un choc identique, en recevant une photographie par la poste. On aurait dit une photo de lui, quand il avait huit ou neuf ans.

Il n’y avait pas de lettre pour accompagner ce cliché, que quelqu’un lui adressait anonymement. Rien qui permît de savoir précisément de qui cet envoi émanait. Juste un prénom écrit au dos. Et là, fait troublant, ce prénom était le sien : Antoine.

D’abord, il n’avait rien dit à personne. Mais le choc de cette photo l’avait précipité dans le passé.

D’où venait ce cliché inconnu, surgissant d’une enveloppe timbrée dans un pays du Maghreb, où Antoine n’avait mis les pieds qu’une seule fois dans sa vie, à près de trente ans ?

Comment cette photo avait-elle pu errer là-bas, et être postée maintenant, de si loin ? Et par qui ?

Un enfant aux cheveux blonds, debout devant un mur blanc inondé de soleil. Le cliché pouvait avoir été pris aussi bien en France. L’enfant souriait, vêtu d’une chemisette bleue. Et il lui ressemblait étonnamment.

Demander à ses parents s’ils se souvenaient de cette photo fut donc sa première pensée. Vite repoussée par une gêne instinctive.

En effet, une pensée dérangeante s’insinuait en lui, et une sorte de désir l’accompagnait, mêlé d’anxiété : aurait-il un fils ?

Un fils qu’il ne connaissait pas, dont il n’avait jamais entendu parler ? Un fils qu’il aurait semé dans le monde, en passant ?

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